Cinquantenaire de mai 68, une lutte historique

ACCUEIL / Actualités / Dossiers thématiques / Cinquantenaire de mai 68, une lutte historique

Cinquantenaire de mai 68, une lutte historique


Il est de coutume pour certains médias de mettre en avant la révolte des étudiants ainsi qu’une libération des mœurs quand ils évoquent mai 68. Ils décrivent les syndicats comme submergés par un mouvement qui les aurait pris de court. Comme quoi les conquis sociaux de cette période sont toujours en travers de la gorge du patronat capitaliste.

Ce sont les luttes pour protester contre la hausse des prix et pour exiger des augmentations de salaire qui éclatent dans le pays en 1966, qui sont le terreau de cette explosion sociale. En 1967, les attaques contre la Sécurité Sociale donnent un dénominateur commun à la colère sociale, tandis que l’année 1968 débute avec une flambée des prix.

Mai 68 a été la démonstration que l’argent pour augmenter les salaires existe (+35% pour le SMIG), mais surtout que rien n’arrête une classe ouvrière unie et mobilisée derrière des revendications claires, et que la grève générale, ça s’organise.

Nous vous proposons un retour sur la période.

1er mai : La superposition des luttes sociales depuis plusieurs mois entrent en résonance. C’est la première fois depuis 14 ans qu’une manifestation est autorisée par le gouvernement à Paris. Elle y réunit 10 000 personnes à l’appel de la CGT et de nombreux cortèges dans tout le pays

2 mai : La Faculté de Nanterre est fermée. L’usine Sud-Aviation de Nantes entre en grève et manifeste. Le groupe est dirigé par Maurice Papon.

3 mai : Les étudiants sont délogés de La Sorbonne par la police, sur demande du recteur. Ils partent en manifestation Boulevard Saint-Michel et sont à nouveau aux prises avec la police. 596 interpellations, 27 gardes à vue.

4 mai : Chez les travailleurs de Sud-Aviation à Suresnes, dans les PTT, la mobilisation s’installe. Condamnation de 7 étudiants arrêtés la veille.

5 mai : Nouvelles condamnations d’étudiants. La répression des révoltes devient rude.

6 mai : Appel de la CGT à cesser le travail dans les mines de charbon. Une manifestation à l’appel de l’UNEF est durement réprimée. C’est la chasse à l’étudiant toute la nuit dans le Quartier Latin. 500 blessés et 422 arrestations.

7 mai : 30 000 étudiants manifestent à Paris, ainsi que dans les facultés du pays. La révolte gronde chez Renault, dans les chantiers navals, les taxis, la Sécurité Sociale, les PTT. La CGT fustige la répression qui s’abat sur les travailleurs et les étudiants.

8 mai : La partie Ouest du pays s’embrase pour 24 heures de grève, sous l’impulsion de la CGT et de la CFDT. L’UNEF s’exprime pour la convergence avec les luttes des travailleurs.

9 mai : Réunion entre les confédérations CGT et CFDT. Elles se rendent ensemble dans les locaux de l’UNEF pour organiser le mouvement en commun.

10 mai : Étudiants et lycéens érigent des barricades dans le Quartier Latin. L’intervention de la police, sur ordre du ministre de l’Intérieur, est un carnage : plusieurs centaines de blessés, plus de 5 000 arrestations. La CGT, la CFDT, la FEN, le SNES et l’UNEF appellent à manifester dans tout le pays le 14 mai, contre la répression et pour les libertés syndicales et politiques.

11 mai : La CGT invite la CFDT, la FEN, l’UNEF et le SNES à se réunir. Ils lancent un appel à la grève générale pour le 13 et FO rejoint le mouvement.

12 mai : Pendant tout le week-end, des millions de tracts sont distribués dans la France entière. Un numéro spécial de « La Vie Ouvrière » est tiré à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.

13 mai : Plusieurs centaines de milliers de personnes défilent à Paris et dans toutes les grandes villes de France. Un vent de révolte s’empare du pays, des lieux de travail et des universités. La Sorbonne est à nouveau occupée.

14 mai : Pour la première fois, des ouvriers (Sud-Aviation) votent la grève illimitée et décident l’occupation immédiate de leur usine. Ils séquestrent le directeur et soudent les accès.

15 mai : Plusieurs usines Renault sont à l’arrêt. Le théâtre de l’Odéon est occupé par les étudiants. La CGT appelle l’ensemble des salariés à se mobiliser.

19 mai : Les secteurs des banques, des assurances, de la santé et des mines entrent massivement en grève.

20 mai : Il y a plus de 6 millions de grévistes et les entreprises sont occupées par centaines.

21 mai : L’éducation nationale est à l’arrêt complet. Commerces, médecins, fonctionnaires, employés... Sans travailleurs, l’économie française est à l’arrêt. Le carburant est introuvable.

22 mai : Le gouvernement frôle la censure parlementaire à l’Assemblée nationale. La CGT et la CFDT s’expriment ensemble pour l’abrogation immédiate des ordonnances sur la Sécurité Sociale et l’ouverture de négociations sur les salaires, la réduction de la durée de travail sans perte de salaire et l’extension des droits syndicaux dans l’entreprise.

23 mai : 9 millions de travailleurs sont en grève.

24 mai : De Gaulle s’adresse aux Français à la radio et à la télévision et annonce l’organisation d’un référendum en juin. Le gouvernement accepte d’ouvrir des négociations le 25 mai.

25 mai : Rue de Grenelle, les négociations permettent le jour même d’imposer 35% d’augmentation du SMIG.

26 mai : Poursuite des négociations, patronat et gouvernement tentent de fracturer l’unité syndicale.

27 mai : Les négociations ont duré toute la nuit. Des avancées comme la création de la section syndicale d’entreprise, mais pas de résultat sur la réduction du temps de travail, ni sur les ordonnances de la Sécurité Sociale. La grève se poursuit.

29 mai : De Gaulle reçoit le général de Boissieu à l’Elysée et se rend à Baden-Baden où il rencontre le général Massu. La crainte d’une intervention de l’armée se répand.

30 mai : De Gaulle intervient à la radio et annonce la dissolution de l’Assemblée Nationale et des élections en juin. Les manifestations sont quotidiennes et les occupations des lieux de travail innombrables, les travailleurs décident collectivement de leur action.

31 mai : Les grévistes sont toujours entre 8 et 9 millions, tandis que le mouvement étudiant s’essouffle.

1er juin et jours suivants : Les négociations dans les branches avancent. Après accord et consultation des salariés en grève, le travail reprend dans de nombreux secteurs d’activité pendant les jours qui suivent. Dans la métallurgie, le patronat tente de casser la mobilisation qui ne faiblit pas, vu le manque de résultat des négociations.

10 juin : La mort du lycéen Gilles Tautin secoue les étudiants qui affrontent les CRS.

11 juin : La police tue deux ouvriers chez Peugeot, Jean Beylot, tué par balles, et Henri Blanchet, 49 ans, frappé par une grenade offensive, décède deux jours plus tard. La CGT appelle à un arrêt national de travail pour le lendemain.

12 juin : Les négociations sont relancées dans la métallurgie par le retrait de la police des usines.

A la fin du mois, les travailleurs auront repris le travail la tête haute, avec de nombreuses conquêtes en poche. C’est toute l’économie du pays qui est dopée par l’augmentation générale du pouvoir d’achat. 2,3 millions de travailleurs sont adhérents à la CGT.

Contact : Cédrick Hafner

Top